Philippe Pibarot à la fin des vendanges 2015

J’ai rejoint Philippe Pibarot hier vers 11 heures, après presque 3 heures de route.

Il était souriant mais avait les traits creusés, visiblement marqués par la fatigue d’un mois et demi, voire plus, d’une campagne de vendanges exigeante, du fait, entre autres, d’une météo capricieuse après un été chaud et sec. Il m’a dit un peu plus tard qu’il avait perdu deux crans de ceinture.

J’étais venu avec une camera, un cahier, etc. et l’idée de faire un reportage. J’ai très vite décidé de laisser tout ça au fond de la voiture, pour profiter pleinement de ce moment partagé, sans artifice.

Le monde ouvre ses bras au Clos Domitia

En arrivant sur le Domaine, j’ai croisé un Client qui emportait quelques cartons pour l’ouverture d’un bar à vins en Belgique. Quelques minutes plus tard, Philippe expédiait 2 palettes – envoi groupé de ses vins et d’autres – par transporteur vers l’Allemagne. Peu de temps après, nous parlions d’une expédition pour le Japon.

Après avoir conquis Paris, les vins de Philippe font leur chemin à l’échelle mondiale. C’est une reconnaissance gratifiante de la qualité de ses vins, et aussi un débouché économique non négligeable.

Pibarot 2014 : Retour sur de bien jolis vins

Nous profitons des vins ouverts pour la précédente dégustation au caveau pour refaire un point sur les 2014 de Philippe.

Nous commençons par un rosé 2014 très droit, gourmand, avec une belle netteté aromatique. Ces dernières années ont montré un beau progrès sur cette cuvée.

Les blancs montrent la même qualité, avec une mention particulière pour le Domitia blanc, qui présente un nez complexe (fleurs, fruits, amande) et pur, une belle rondeur, et beaucoup de fraicheur. C’est un vin riche et tout en élégance et en équilibre, une très belle cuvée.

Ces cuvées ne présentent aucun des traits un peu désagréables qui marquent parfois les vins naturels, que ce soit les notes un peu oxydatives sur les blancs, ou de réduction sur les rosés, qui souvent disparaissent à l’aération. Un des talents de Philippe est sa capacité à produire des vins naturels immédiatement accessibles et gourmands.

Nous poursuivons la dégustation sur le Cante-Renard rouge, qui offre un joli fruit, une belle fraicheur, et des tannins veloutés.

Nous quittons alors le caveau pour les chais, ou il règne une ambiance de fin de bataille, avec du matériel un peu partout, et nous nous asseyons autour de la table qui accueillait les repas et les pauses pendant les vendanges.

Nous démarrons le barbecue aux sarments avant de nous rapprocher des cuves.

2015 : Des goûts et des couleurs…

L’avancement des fermentations varie d’une cuve à l’autre. En général, elles ont passé la phase des fermentations à gros bouillons, mais elles se poursuivent dans plusieurs cuves sous une forme plus discrète.

Ainsi, en collant une oreille attentive aux parois de la cuve en fibres qui accueille le Piquepoul qui a marqué la fin des vendanges le 7 octobre, on entend un léger crépitement, produit par le dégagement de CO2 issu de la fermentation.

On peut observer cette même fermentation tranquille sur un des fûts qui reçoit un peu du Cante-Renard rouge.

La dégustation de ces futurs vins n’est pas simple : ils sont souvent très troubles, du fait des lies mises en suspension par le dégagement de CO2 de la fermentation. La présence de sucre qui attend encore d’être transformé n’aide pas non plus à imaginer ce que le vin sera.

La quinzaine de campagnes de vinification que Philippe a réalisées lui ont permis de se construire un dictionnaire intérieur qui l’aide à la lecture de ces échantillons.

Les cuves qui contiennent les premières vendanges, où il n’y a plus de sucres, et où les lies se sont déposées, sont plus accessibles. Ainsi, certains des composants du futur Cante-Renard rosé ont déjà une belle couleur pâle et brillante, un nez de pamplemousse affirmé, et une fraicheur tranchante qui sera équilibrée par l’assemblage.

Dès ce stade, Philippe projette les assemblages qui feront les Cante-Renard et autres Domitia dans le futur, et il s’essaye même à tester des combinaisons pour en valider la pertinence : «Tu vois, l’assemblage est meilleur que chacun des 2 vins pris séparément».

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Nous dégustons le Domitia rouge 2014, tiré de la cuve où il attend patiemment sa prochaine mise en bouteille, sur la saucisse grillée lentement sur les braises de vigne. Le vin est incontestablement prêt. Il est expressif, présente de jolis tannins caressants, et se montre équilibré et digeste. J’ai ouvert un 2013 en rentrant, avec beaucoup de plaisir, mais le 2014 est pour moi très clairement un cran au-dessus.

J’hésite à m’étendre largement sur les plus jolies pépites de ce millésime : le devenir de ces vins est encore incertain.

J’ai, en particulier, été très impressionné par le Terret blanc de Cante-Renard, qui est loin d’avoir terminé sa fermentation mais présente déjà un nez pur et puissant de fenouil, très addictif. Je garde un souvenir ému de la cuvée Estrade 2013, dans laquelle Philippe avait isolé sa première récolte de Terret.

Une autre très belle surprise est un essai de vinification de blanc en raisins entiers : la robe est jaune orangé, le nez est très expressif et d’une grande finesse – j’y ai trouvé l’odeur des feuilles d’agrumes fraichement cueillies qu’on écrase dans la main, Philippe était sur des tisanes -, et le volume est impressionnant : il est presque tannique. Le tout donne un vin à la fois d’une élégance extrême, et d’une puissance impressionnante. Espérons simplement que ce vin, dont la fermentation est très lente, évoluera selon les souhaits de Philippe, et qu’il en fera une cuvée à part.

Another Age

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Lorsque j’ai quitté Philippe vers 16h, il m’a offert le CD du groupe dans lequel il joue de la basse, Another Age. Le Métal n’est pas mon genre préféré, mais j’ai apprécié leur musique. Le groupe commence à se faire connaître en France, ils viendront peut-être jouer près de chez vous prochainement.

Voici « Breaking your silence ». Il n’y a pas que le vin dans la vie !

Pour mémoire, voir la vidéo tournée avec Philippe juste avant les vendanges 2011.

Philippe Pibarot – A la veille des vendanges 2011

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Voici une vidéo réalisée lors d’une visite chez Philippe Pibarot à quelques jours des vendanges 2011.

Voir le récit d’une visite chez Philippe après les vendanges 2015 ici.

Voir mes autres publications relatives à la Gastronomie ici.